Jusqu’à présent, beaucoup d’entre vous, vous avez surtout œuvré dans le FAIRE, tel :

– je dois Faire… pour progresser, pour Avoir, pour posséder, pour comprendre…

– je ne ferai plus…

– je ferai, je serai, j’oublierai, je n’oublierai pas…

La nature du droit d’être

Le droit d’être consiste à se donner la permission radicale d’être ce que l’on est, tout simplement d’être celui ou celle que l’on est. Ce droit s’enracine dans la totalité des dimensions de l’existence, dans la structure de l’être lui-même. Parce que nous existons tel que nous sommes, nous avons le droit d’être ce que nous sommes. Le droit d’être est donc l’acte par lequel la personne, l’être humain affirme son propre être. 

Se donner ce droit sans s’obliger à être le meilleur, le premier, le plus fort, le plus « quelque chose »! Se donner le droit d’être « tout nu » devant les regards des autres sans besoin de porter un masque, sans s’enfermer dans un rôle, sans s’appuyer sur un accomplissement glorieux mais en étant bien campé « dans ses propres bottines ». 

Il est vrai que la conscience d’être juste ce que nous sommes et rien d’autre, de ne pas être « nos avoirs », nos conquêtes mais ce que simplement nous sommes, ordinaire et humain, c’est encore ici se donner le droit d’être, le droit d’être juste ce que nous sommes. Nous cessons alors ces efforts persistants de nous grimper sur nos propres épaules pour rencontrer les autres, de toujours nous « gonfler » de nos glorioles pour être assuré d’exister aux yeux des autres et même s’il le faut, de nous arroger de l’humilité en nous faisant croire que nous sommes humbles, plus humble que les autres et tout ça pour nous réconcilier avec nous-mêmes. M’accepter comme je ne l’ai jamais fait de ma vie et comme je ne l’ai jamais été depuis ma toute jeune enfance. Jamais je ne me suis accepté tel que j’étais.

L’acceptation de ce que l’on est, de ce que l’on est avec toutes nos petites faiblesses et toutes nos petites misères est cruciale dans la libération de cette bataille intérieure avec l’image, entre l’authentique personne que l’on est et l’image que nous portons et qui veut que l’on soit parfait, toujours en maîtrise, toujours correct ou comme il se doit d’être. Le droit d’être et non le doit être.

Un deuxième thème est celui de la difficulté à distinguer cette anxiété d’être du stress positif qui nous fait créer et avancer. Ce stress positif ne doit pas être négligé même si celui qui est négatif est vraiment dommageable. Devant une situation stressante, il faut combattre ou fuir mais ne pas rester là à tout recevoir en n’étant pas actif, en n’agissant pas, en étant pas «au volant» de sa vie. Mais l’attitude de départ toutefois se nomme S’ACCEPTER TEL QUE L’ON EST. Cesser de se blâmer, de s’en vouloir, cesser d’être coupable de ne pas être un super-héros. Toute cette souffrance que l’on se donne en voulant paraître bon, compétent, fort et posséder toutes les autres qualités. Et surtout cette anxiété que plusieurs portent devant leur insistance à être extraordinaire. 

Le droit d’être se ressent comme l’ouverture d’un espace dans notre vie intérieure pour nous-mêmes devant toute la vie, et surtout devant les autres. Si on ressent cet espace et si on l’occupe pleinement, on se donne alors le droit d’être. Le droit d’être est celui qui fonde tous les autres droits de l’être humain. Il est supérieur à la puissance de la présumée destinée. Ce droit est silencieux mais il ne cesse de continuer à se ressentir qu’il ne soit enraciné en nous. Mais il s’agît d’être dans son être profond et non dans les images de nous-mêmes, d’être au niveau de l’expérience vivante que nous avons des situations et des autres humains. Il s’incruste dans cette dimension au delà du banal de l’humain mesurable, là en quelque sorte sous le paraître au vif de la conscience. 

Se donner soi-même la permission et le droit d’être ce que l’on est en tout et partout est bien en contraste avec le sentiment d’être inappropriée, inadéquate et incorrecte qu’éprouve si fortement une personne trop anxieuse. Se donner le droit d’être adéquat selon ce que nous sommes et non pas selon ce que les autres attendent de nous, non pas non plus selon les dictats de l’image ou de l’idéal que nous portons tous. Nous donner nous-même la permission d’être ce que nous sommes et cesser d’attendre cette permission de l’extérieur de nous, de l’autorité, des différents symboles que nous avons construits.

Patrice qui avec ses mauvaises jambes s’oblige à courser avec des filles pour faire plaisir à son père. Dans cette course pourtant facile, il trébuche, tombe et par son père, il est méprisé de chuter. Pourquoi ne s’est-il pas donné le droit d’être ce qu’il était, un garçon qui a de mauvaises jambes et qui ne course pas sans s’en demander plus? Parce qu’il voulait être estimé par son père! Il s’est humilié lui-même en voulant plaire à l’autre. 

Le droit d’être consiste à habiter le processus de la vie en nous et à ne pas nous enfermer dans des contenus comme nos pensées ou nos actions, ce que nous pensons, ce que nous faisons. Le contenus sont indifférents parce que tout vivant est processus, tout est être, tout est existence et continue sans cesse. 

Le droit d’être fonde et permet le droit de vivre, de ressentir et de prendre sa place-au-monde malgré la perception de ses limites, de ses défauts et d’être bien ordinaire. C’est ça : « ne pas me laisser avoir par mes manques et les autres frontières de ce que je suis. Me donner ou prendre le droit d’être malgré ces contraintes. De cela, je dois m’imbiber jusqu’à ce que cela soit une seconde nature en moi. C’est ça le droit d’être! Je suis et j’ai droit d’être malgré mes petitesses et mes failles. » 

Mais oui encore faut-il qu’être ce que l’on est, suffise! Il n’est pas ou n’est plus nécessaire d’exiger de soi-même mers et mondes, de se réclamer des accomplissements, des glorioles, des honneurs, de vouloir jouir d’une supériorité d’intelligence ou d’une infinie beauté. Ce sont là toutes des caractéristiques de l’image idéale et du masque que nous portons pour nous mettre au monde. Juste être et cela suffit, sans image et sans masque. Se donner le droit d’être, c’est ça! 

Il y a tout un changement dans l’émotion que je ressens quand je me dis qu’il est fini le temps de l’hésitation, du « ratatinage » sur moi comme si je n’étais pas correct et que je demandais la permission pour être ce que je suis, c’est-à-dire juste là et comme il se doit d’être. Je sens alors une mobilisation dans ce temps-là pour rencontrer l’autre, pour être devant lui, pour interagir avec lui. Je veux reprendre cela comme le droit d’être et non pas comme le droit de gagner, d’impressionner ou de quoi que ce soit d’autre que d’être avec, devant, ou sans les autres. C’est bon de ressentir cela! 

Être et être conscient, c’est large, c’est libre, c’est vivant et quand nous sommes élargis à tout l’être en nous, une grande paix s’installe. En effet, pour reconnaître que nous sommes vraiment dans le territoire de la conscience, dans l’espace du Je, nous ressentons cette PAIX, une sérénité pleine et même à l’occasion une immobilité intérieure.

Par : Jules Bureau, Psychologue

le texte entier : le droit d’être

Haïr son âme, c’est ne pouvoir se pardonner, ni d’exister, ni d’être soi. Bernanos

Catégories : le droit d'être

error: Content is protected !!