Un thérapeute constate parfois qu’un client se sent coupable d’un ou plusieurs crimes imaginaires. Ces crimes, qu’il n’a pas commis, sont souvent fondés sur des auto?accusations erronées et des messages destructeurs provenant de ses parents. Il se punit comme si ces crimes étaient réels.

1. Surpasser les membres de sa famille

Le client se sent coupable de dépasser un de ses proches, par exemple s’il est heureux alors que sa mère était dépressive, s’il est séduisant alors que son frère n’avait aucun succès auprès des filles, s’il est devenu cadre supérieur alors que son père est manœuvre.

Ce crime repose sur deux convictions inconscientes et erronées :

– Si je jouis des joies de l’existence, cela signifie que je les prends toutes, sans en laisser pour ma famille.
– Si j’atteins mes buts, j’humilie mes proches qui, eux, n’y sont pas parvenus.

Le sentiment de culpabilité du client dépend de la réaction de ses parents à sa réussite. S’ils en sont contrariés ou si leur vie est une suite d’échecs, il pensera que c’est de sa faute et il sabotera sa propre vie avec d’autant plus d’énergie.

2. Être un fardeau

Votre client peut croire qu’il a été une charge pour ses parents et que, s’il avait été plus intelligent, en meilleure santé ou plus discipliné, ceux-ci auraient été plus heureux. S’il a été un enfant débordant d’activité, il pense avoir fatigué sa mère qui aimait le calme. Il aurait aimé ressembler à son frère qui, lui, était un enfant tranquille et satisfaisait sa mère.

Le client doit comprendre que son tempérament est d’ordre génétique, il n’en est nullement responsable, même si ses parents le trouvaient difficile à élever. Si son père et sa mère ont divorcé, ce n’est pas non plus sa faute ; c’est pourtant ce que croient environ un tiers des enfants de divorcés.

3. Voler l’amour de ses parents

Ce crime imaginaire est celui dont s’accuse le client qui était le préféré de ses parents. Il pense qu’en recevant l’amour dont un frère, ou une sœur, semblait avoir besoin pour s’épanouir, il lui a volé la force vitale qui l’aurait rendu heureux. C’est un peu comme si sa mère l’avait trop nourri en laissant son frère mourir de faim.

Le client a aussi parfois l’impression d’avoir volé de l’amour si l’un de ses parents l’aimait plus tendrement qu’il n’aimait son conjoint. La culpabilité ici risque d’être forte, car liée au plaisir.

4. Abandonner ses parents

Ce crime imaginaire est le fait de devenir indépendant, d’avoir ses propres opinions et de se séparer de ses parents, physiquement et émotionnellement. Certains parents, en se plaignant et en jouant aux martyrs, font comprendre à leur enfant qui devient indépendant, qu’il fait preuve de cruauté. Ils s’attendent à ce qu’il prenne soin d’eux et ne les quitte jamais.

Si votre client a eu de tels parents, il peut se sentir affreusement coupable et se punir en sabotant sa vie pour expier ce soi-disant crime d’avoir abandonné ses parents.

5. Trahir les siens

Une personne se sent coupable de ce crime si elle a déçu les espoirs et les attentes de ses parents. Elle a enfreint les règles familiales en ayant des opinions politiques ou religieuses différentes ou en choisissant un métier à l’opposé de celui qu’auraient espéré ses parents. Ceux-ci sont déçus de ce qu’est devenu leur enfant réel par rapport à l’enfant dont ils rêvaient.
La manière la plus fréquente de trahir les siens est de se montrer critique envers eux. Certains parents refusent toute critique, ou en sont bouleversés, alors qu’après tout ils ne sont pas parfaits et sont critiquables. Même devenu adulte, l’enfant n’ose pas admettre les défauts de ses parents, casser leur image idéalisée.

Commencer une relation d’aide ou une thérapie semble pour certains une trahison à l’égard de leurs parents : ils ont du mal à reconnaître que ceux-ci ont parfois mal agi envers eux.

6. Être fondamentalement mauvais

Certains parents voudraient que leur enfant soit parfait, avant même qu’il ait grandi. Un enfant de trois ans qui laisse tomber une assiette s’entend dire qu’il est méchant, alors qu’il est seulement maladroit. Lorsque ces remarques dévalorisantes sont répétées durant des années, l’enfant en conclut qu’il est réellement et foncièrement mauvais. Plus un enfant est négligé affectivement, mal traité physiquement, voire abusé sexuellement, plus il est convaincu qu’il n’est pas aimé parce qu’il n’est pas digne de l’être. Un enfant serait terrifié d’admettre que ses parents sont psychologiquement perturbés ou pervers, il prend donc tout le blâme sur lui.

Cette conviction qu’il est fondamentalement mauvais n’est pas transmise uniquement par les parents : les frères et sœurs, les professeurs, la société dans son ensemble, jouent aussi un rôle.

Il est possible qu’un client se sente coupable de plusieurs crimes imaginaires à la fois.

Gilbert, qui est médecin, se reprochera par exemple : 

  • D’avoir surpassé son père qui était ouvrier en réussissant mieux que lui professionnellement.
  • D’avoir abandonné sa mère pour suivre des études médicales.
  • D’avoir été un fardeau pour elle.
  • D’avoir volé son amour parce que sa mère le préférait à sa jeune sœur moins douée.

Le thérapeute doit savoir que le processus qui permet à son client de devenir conscient de ces fausses culpabilités jusqu’alors inconscientes, est complexe et demande du temps. Ce n’est qu’en comprenant peu à peu ce qui lui est arrivé étant enfant, qu’il pourra comprendre aussi ses crimes imaginaires et, par conséquent, s’en absoudre.

Au fur et à mesure que se relâchera l’emprise de ses sentiments de culpabilité, les conduites d’échec, d’autopunition, de sabotage du succès et d’inaptitude au bonheur régresseront d’autant. S’il ne doit pas s’attendre à une transformation rapide ou facile, il doit cependant être assuré qu’avec le temps, le changement s’opèrera.

Se libérer de la ” fausse ” culpabilité est un processus de longue haleine, mais la récompense est grande, puisqu’il s’agit de la liberté d’être soi?même.

Par : Jacques et Claire Poujol 

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