Sans être à proprement parler des formations à la non violence, les formations à l’autodéfense des femmes nous ont semblé intéressantes à mettre en avant comme un outil possible de prévention des violences sexistes. Nous avons donc donné la parole à une personne impliquée dans celles-ci.

La première chose qu’on se voit rétorquer quand on parle d’autodéfense féministe, c’est : “c’est inutile !”. Le sexisme ne nous concernerait soi-disant plus, nous les êtres civilisées d’occident ! La lutte contre le sexisme et toutes ses formes d’expression serait donc réservée à d’autres contrées, voire à des classes sociales spécifiques(Voir l’analyse qui est faite du traitement médiatique des violences genrées en France, notamment par Christine Delphy dans Un troussage de domestique, Syllepse, Paris, 2011). Immédiatement après vient le rejet de la violence, encore plus réprouvée si elle est utilisée par des femmes. Et pourtant…

Renforcer son estime de soi. Apprendre à poser ses limites. Retrouver confiance en soi. On pourrait résumer les buts de l’autodéfense féministe dans ces quelques mots. Il ne s’agit pas seulement d’une pratique sportive ou d’un art de combat visant à entraîner des guerrières vengeresses. L’autodéfense féministe n’implique pas une forme ni une condition physique particulières. Au contraire, elle entend agir de manière globale dans la vie des personnes la pratiquant et leur entourage, notamment en amont de la violence. Cela signifie surtout apprendre à connaître ses limites, à les exprimer, à en exiger le respect avant qu’elles ne soient dépassées. L’idée n’est pas d’attendre que la violence physique, morale ou sexuelle apparaisse pour intervenir. Cela passe aussi par un ensemble de pratiques verbales, de postures, qui agissent de manière préventive, pour éviter que des situations de violence ne se présentent, ou pour apprendre à les identifier plus tôt pour pouvoir les stopper.

Reconnaître des situations de violence Cela signifie aussi changer son rapport à la violence de manière profonde. D’une part, reconnaître et identifier les violences sociales, structurelles qui sont notre quotidien, mais que nous voyons rarement comme telles :

  • (ré)assignations constantes (rappels à l’ordre sur nos choix, attentes, goûts, possibles, en fonction
    des conventions sociales et de la répartition selon le genre attitré) ;
  • violences institutionnelles (lois ou pratiques discriminatoires, comme l’exclusion des homosexuelles du don du sang, l’interdiction faite aux mères voilées d’accompagner les sorties scolaires ou la différence de salaire entre hommes et femmes à diplôme égal) ;
  • culpabilisation d’une personne agressée (accusée de ne pas se trouver au bon endroit, au
    bon moment, dans la bonne tenue…). Le droit de se mettre en colère ! D’autre part, accepter et se réapproprier notre propre agressivité : retrouver le droit de se mettre en colère au lieu de se comporter comme une cocotte-minute, crier pour ne plus chuchoter et pour être enfin entendu-e…

En somme, prendre sa place dans la société comme une personne à part entière, et non comme un individu non légitime qui devrait se tenir à carreau ou se faire minuscule afin de ne jamais déranger personne.

Les processus en oeuvre dans nos stages touchent ainsi largement aux représentations, aux constructions sociales intégrées, à nos comportements et réactions devenus “automatiques”. Ce travail de fond est essentiel pour saper le système qui permet l’existence et la légitimité de violences admises socialement. Il est donc logique, pour empêcher ces violences, de s’attaquer au terreau qui leur permet de se développer : statut social infériorisé, défaut d’estime de soi… Comment identifier voire dénoncer une agression si l’on n’estime pas soi-même avoir de la valeur ?

Jimmy Spinat

Pour approfondir :

Non c’est non. Petit manuel d’autodéfense à l’usage des femmes qui en ont marre de se faire emmerder de Irène Zeilinger

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