Ramenée à la spiritualité, l’expérience du sacré est, comme l’évoquait Carl Gustav Jung, ce qui, venant d’ailleurs, nous saisit et nous donne le sentiment d’être. Elle nous coupe momentanément des pensées et des sensations ordinaires pour nous relier à une dimension plus vaste de l’existence.

Le Ciel en soi

Les Grecs anciens considéraient le sacré en tant qu’expérience mystique, comme une force qui guérit et revitalise l’être tout entier. Une conception de la transcendance qu’ont partagée tous les grands mystiques, des Pères du désert jusqu’à la Rhénane Hildegarde de Bingen. Plus près de nous, l’Anglaise Evelyn Underhill, l’une des premières mystiques chrétiennes du XXe siècle, affirmait que ceux qui ne se relient par à la dimension sacrée de l’existence ne peuvent pas être pleinement conscients ni tout à fait vivants. Pour le moine bénédictin Anselm Grün, l’enjeu est de trouver en soi, sans se retirer du monde, un espace sacré, un absolu, comme un morceau de ciel accessible à tous, et qui ne se vend ni ne s’achète.

Humain et divin à la fois

“Nous sommes aujourd’hui dans une situation d’exil, un exil qui s’est normalisé au point que nous n’imaginons plus pouvoir en sortir. Même les religions se contentent le plus souvent d’aménager au moins mal cette situation, sans permettre d’en sortir”, affirme, dans Enquête au cœur de l’être, l’écrivaine Annick de Souzenelle, qui a voué sa vie à la lecture symbolique de la Bible. Pour cette intellectuelle qui a forgé sa pensée en étudiant la théologie, la psychanalyse et la langue hébraïque, l’humain doit revenir de l’exil où l’a envoyé l’absence de conscience de sa propre divinité. Pour cela, il doit “devenir une personne” et retrouver en lui “le noyau divin”. Sans la conscience qu’être vivant signifie bien plus qu’être en vie, l’homme est voué à mener un destin animal. “A tel point que l’hébreu n’a pas de mot pour désigner le corps tant que nous sommes un corps animal, remarque Annick de Souzenelle. Le corps n’exprime quelque chose de vivant que lorsque nous entrons en résonance avec la personne intérieure, basar, en hébreu, qui signifie “chair”.” Dans Dialogues avec l’ange, le texte qui retranscrit l’enseignement spirituel reçu pendant la Seconde Guerre mondiale par quatre amis hongrois, l’entretien du 21 janvier 1944 dit sensiblement la même chose : “L’animal a faim, il se rassasie et cela suffit. L’homme est rempli, il rayonne – et cela ne suffit jamais, donc sa joie n’a pas de mesure. C’est le secret de la Vie Éternelle.” Ainsi, pour être pleinement humain, être en vie n’est pas suffisant, il nous faut apprendre à devenir plus vivant, mais aussi, comme il est dit dans la Bible, à devenir “le gardien de son frère”. Olivier Clément, théologien orthodoxe, nous rappelle ainsi que, à l’origine de toute civilisation, il y a transformation de l’ennemi en hôte.

 

 

 

 

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